Retour sur la Normandy Channel Race

Dimanche 19 Mai 2019 – 8h00 :

Après une bonne nuit de sommeil, le jour du grand départ est arrivé. Ambiance studieuse avec Calliste, on peaufine la météo à l’hôtel, c’est sous une belle journée pluvieuse que nous prendrons ce départ. C’est aussi notre dernier vrai repas avant une semaine alors on profite généreusement du petit déjeuner de l’hôtel ! Nous sommes prêts, et prenons la direction du port pour préparer le bateau.

Petite anecdote : Les jours avant le départ sont très chargés et stressants : contrôles minutieux des bateaux, relations médias, échanges avec le public, briefing de course. Et on finit par avoir l’esprit un petit peu surchargé. Et bien ça n’a pas loupé ! La veille j’ai laissé mes bottes de navigation (ma seule paire) toute la nuit sous la pluie !! Elles sont trempées et nous partons pour au moins cinq jours de navigation ! Heureusement pour moi, ma bonne étoile prend en charge ce petit incident et fonce à l’hôtel pour sécher mes bottes humides au sèche cheveux. Ma bonne étoile ? Ma maman! Et oui, même à 22 ans et qu’on pense être grand parce qu’on sillonne les océans on a toujours besoin à un moment ou un autre de sa mère. Merci maman de m’avoir permis de prendre la mer les pieds secs !

15h00 : Top départ ! Nous prenons un départ plutôt prudent, c’est notre première course et nous préférons ne pas prendre trop de risques. La course commence par un petit parcours côtier entre des bouées où nous enchaînons les manœuvres, première phase qui se déroule plutôt bien pour nous puisque nous en sortons 6ème/13. Cap sur les îles Saint-Marcouf tandis que le soleil se couche doucement sur l’horizon et semble emporter avec lui les derniers souffles de vent. Nous faisons le tour de ces îles vers 23 heures avant de nous élancer vers l’ile de Wight (au sud de l’Angleterre), premier grand objectif de notre course.

Nous arrivons aux abords de l’ile de Wight au petit matin après une nuit assez compliquée. On ne sait pas vraiment pourquoi nous n’avons pas réussi à faire avancer le bateau aussi vite que nécessaire et perdons ainsi quelques places. Le Solent, le passage entre l’île et la terre Anglaise, est un endroit compliqué : beaucoup de courant, un vent capricieux et des cargos qui croisent dans tous les sens. Nous frôlons le fort de « No Man’s Land » de très près pour nous abriter du fort courant alors certains de nos concurrents reculent !

Le fort de No Man’s Land à l’entrée du Solent

Après avoir contourné l’ile de Wight nous mettons le cap à l’Ouest en direction de la pointe sud-ouest de l’Angleterre que nous devons contourner. Le bateau ne va pas vite et le vent molli jusqu’à disparaître complètement. Nous avons croisé beaucoup d’algues dans le Solent et en mettant une GoPro sous l’eau nous découvrons que nous en avons un beau paquet coincé dans la quille, pas top pour la glisse.

On est tout de même dans le sud de l’Angleterre dans une zone où l’eau avoisine les 12°C, autant dire que même si il fait très beau cela reste une corvée.

Après avoir disputé la baignade à Pierre-Feuille-Ciseaux, c’est Calliste qui fera un petit plongeon pour nous en débarrasser et selon ses mots : « Une fois qu’on est dedans, elle est bonne ! »

Mission accomplie : Nous sommes débarrassés de ces algues et le vent revient petit à petit.

C’est lorsque nous arrivons à Land’s End, la fameuse pointe sud-ouest de l’Angleterre que nous jouons un joli coup tactique très près des cailloux. Encore un endroit technique avec beaucoup de courant où il faut savoir prendre des risques et naviguer dans des eaux très peu profondes. Et avec deux anciens figaristes à bord, les cailloux on connaît ! Nous slalomons toute la nuit entre les roches, Calliste à la barre, moi à l’intérieur les yeux rivés sur la cartographie pour être au plus près de la côte sans échouer le bateau. Toute la nuit nos échanges à bord ressembleront à « Il te reste 50 mètres, 20 mètres… 10… 5… ça vire ! ». Cette nuit là les crabes ont mis les casques comme on dit dans le milieu.

Et c’est une belle réussite puisque pour quelques heures nous nous emparons de la troisième place !

La remonté vers l’Irlande se passe plutôt bien, nous évoluons dans une météo plutôt calme et mise à part une baleine qui est venue nous rendre visite au petit matin je n’ai pas de détails exaltants à vous raconter. Il fait beau en mer d’Irlande et nous profitons des conditions légères pour nous reposer, bien manger et préparer la suite de la course.

Après quatre jours de mer la flotte se retrouve au phare de Tuskar au sud de l’Irlande. On croise les premiers concurrents qui font déjà route dans l’autre sens. A notre tour nous enroulons ce mythique phare bien connu des navigateurs et nous mettons le cap plein sud vers Land’s End. C’est assez drôle finalement de se dire que on a bataillé pendant quatre jours pour simplement faire le tour d’un phare et revenir sur nos pas. C’est comme faire 1000 km en voiture, faire le tour d’un rond-point et rentrer chez soi sauf que dans le cas présent il va encore falloir tout donner pour conserver notre place et essayer d’en gagner une ou deux autres.

Nous arrivons rapidement au large des îles Anglos-Normandes. Comme c’est dans cette zone que nous nous entraînons avec Calliste, on a un petit peu l’impression d’être déjà arrivé à la maison.

C’est vers 22h00 alors que le vent est bien monté que nous nous élançons dans la dernière ligne droite. Nous avons deux bateaux devant nous qui sont potentiellement atteignables alors à l’attaque, plus question de dormir ! On passe en mode chasse !

Lorsque nous arrivons au nord de Cherbourg, le courant est contre nous et nous savons que c’est la dernière opportunité pour jouer un coup stratégique et prendre une place. Nous fonçons vers les cailloux.

Notre cible : Le 141, Edenred. Nous sommes sous spinnaker au vent arrière et tirons des bords de plus en plus proches de la côte. Comme le vent vient de derrière nous avons l’avantage et le doublons assez facilement. Mais ces adversaires coriaces n’ont pas dit leur dernier mot. Il nous prennent en chasse à leur tour et cette fois c’est nous le gibier qui détalons devant eux en essayant de les semer dans cette clairière de rochers qu’est le raz de Barfleur.

La difficulté c’est que maintenant qu’ils sont derrière nous ils nous contrôlent, c’est à dire qu’ils restent entre nous et le vent pour nous couvrir et c’est difficile d’aller plus vite qu’eux. D’autant plus qu’ils ont exactement le même bateau que nous donc les vitesses sont très similaires.

Finalement après une guerre d’empannages et de manœuvres on arrive à les distancer et on maintient l’écart jusqu’à Ouistreham.

Nous approchons de la ligne d’arrivée, nos camarades que nous avons doublé dans la nuit sont loin derrière et on commence à se décontracter un petit peu à bord. Il fait beau, le temps est calme, le bateau devant nous est trop loin pour être rattrapé et celui de derrière semble trop loin pour nous doubler à nouveau. Alors on commence à ranger le bateau pour l’arrivée, à faire une petite toilette et changer de vêtements pour les photos et là c’est le drame. L’impensable se produit : Le vent tombe, notre bateau s’arrête quasiment. L’avance que nous avons sur nos concurrents fond comme neige au soleil, ils vont deux fois plus vite que nous et nous voyons leur bateau grandir de plus en plus sur l’horizon. Stress maximum à bord. On se remet aux réglages fins, on déplace tout le matériel du bateau sous le vent pour faire gîter notre Class40 et ainsi réduire la friction dans l’eau, on vide même l’eau qu’il nous reste en réserve pour gagner du poids. Ils continuent de nous rattraper. L’ambiance est tendue : « On ne s’est tout de même pas battus toute la nuit pour se faire doubler à l’arrivée ! ». Et alors que l’on commence à se dire que nous allons perdre cette place durement acquise le vent revient. Nous donnons le maximum sur ces dernières minutes de course pour verrouiller notre place. Nous passons la ligne d’arrivée en 7ème position. Ouf !

Arrivée du Class40 Vogue avec un Crohn – 7ème/13 de la Normandy Channel Race 2019

Cette Normandy Channel Race a été une expérience incroyable ! Pour la première fois nous courrons sur le même bateau avec Calliste et cette course nous a permis de nous connaître encore mieux. Pendant un petit peu plus de cinq jours nous avons bataillé ensemble et avons vécu une magnifique expérience humaine et sportive à l’image du projet et des valeurs que nous portons.

Baptême du Class40 Vogue avec un Crohn

Samedi 18 mai à 14h00, veille de départ. Le public se regroupe autour du bateau, des partenaires, des amis, des concurrents de la course, des passants, ça en fait du monde pour voir notre bateau !

Ce baptême c’est l’occasion de revenir sur le projet Vogue avec un Crohn, sa genèse, ses objectifs mais aussi mon parcours de navigateur et de patient atteint de la maladie de Crohn.

Ambiances dans le port de Caen, avant le départ de la Normandy Channel Race 2019, le 18 mai 2019, photo © Jean-Marie Liot / NCR 2019

Pour cet événement c’est Mélanie Lepoultier, vice-présidente du Département du Calvados qui aura la lourde tache, en tant que marraine, de baptiser notre bateau, c’est à dire de casser la bouteille de champagne comme l’exige la tradition. Les marins sont superstitieux et si la bouteille ne casse pas, ce n’est pas de bonne augure pour l’avenir !

Ambiances dans le port de Caen, avant le départ de la Normandy Channel Race 2019, le 18 mai 2019, photo © Jean-Marie Liot / NCR 2019

Le moment tant attendu arrive, et la bouteille explose sur le mouillage du bateau ! Tonner d’applaudissements, nous pouvons prendre la mer sereinement !

Une semaine avant notre première course du circuit Class40 !

Nous sommes actuellement au chantier de V1D2 de Caen pour préparer ce grand rendez-vous que sera la Normandy Channel Race. Non seulement ce sera notre première course officielle du circuit Class40 mais le 19 mai (jour du départ) est aussi la Journée Mondiale des MICI (Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin) dont la Maladie de Crohn fait partie.

Un petit retour sur le chantier du bateau:


Nous avons mis le bateau au sec vendredi dernier pour préparer la carène et avoir une belle glisse !

Ensuite on continue avec la peinture et le stickage des voiles avec BIG EVENTS, notre prestataire image du tonner :

Et bien évidement on a aussi décoré le bateau aux couleurs de nos partenaires, mais ça c’est encore SECRET !

La suite du programme :

  • Lundi 13 mai : Remise à l’eau du bateau, installation des voiles et du matériel de sécurité à bord, derniers ajustements de la décoration du bateau.
  • Mardi 14 mai : Journée de navigation au large de Ouistreham, réglage des voiles de régate et un petit reportage sur le projet Vogue avec un Crohn – Saison 2 !
  • Mercredi 15 mai : Remonté du canal pour accéder au Bassin Saint-Pierre et amarrer le bateau à sa place.
  • Jeudi 16 et vendredi 17 mai : Vérification de la jauge, des équipements de sécurité, relations médias et briefing pour les skippers.
  • Samedi 18 mai : Baptême du Class40 Vogue avec un Crohn à 14h00 sur le village de la Normandy Channel Race
  • Dimanche 19 mai : Départ de la 10ème Normandy Channel Race et Journée Mondiale Contre les MICI !